Walid survit toujours. Mais quelle vie a-t-il ? Après la mort de son frère jumeau Wanis, dans ses
bras au milieu d'une foule devenue « autiste » à tout ce qui l'entoure, «ma vie, dit-il, n'a
plus de sens ». Âgés de 15 ans, ces deux ados pleins de vie et d'ardeur ont grandi ensemble, ont été circoncis ensemble, partaient à l'école ensemble, faisaient du sport ensemble... Jusque-là inséparable, la
bêtise humaine a pourtant fini par mettre fin à cette vie paisible et joyeuse. En rendant visite à la famille Halel, une petite famille jusque-là radieuse et unie, le père, la mère, le frère, la grande et la petite s½ur du jeune défunt, tous les larmes aux yeux, semblaient ne pas encore admettre le sordide de cette
réalité. Il est 13h 30. Nous sommes le mercredi 21 janvier. Walid et Wanis, collégiens, frères jumeaux âgés de 15 ans, sont en classe en train de suivre leur cours de mathématiques. Brusquement, Wanis
souffrant d'un asthme « 3e stade », commence à sentir ses premiers malaises. Son prof lui demanda d'aller prendre un peu l'air et de revenir suivre le cours. La séance se passa tant bien que mal. L'enseignante de math quitta la classe et celle des sciences naturelles rejoignit la classe et annonça aux élèves qu'aujourd'hui, exceptionnellement, ils auront une séance de deux heures afin d'avancer dans le
programme. Au milieu de 45 élèves, dans une classe étroite, pendant que le cours allait son petit
bonhomme de chemin, le malaise de Wanis s'intensifia d'un coup. Il ne pouvait pratiquement plus respirer. Le prof demanda à l'un de ses élèves d'accompagner Wanis
prendre un «bol d'air» dans le palier.
A ce moment, raconte un élève témoin,« Wanis a commencé à montrer des signes fort inquiétants. Son visage s'assombrissait à vue d'½il. Il était en train d'étouffer, de mourir, sous nos yeux ! ». Un moment après, une enseignante qui était de passage, pénétra dans la classe, interrompit le cours et alerta le
prof de l'aggravation du malaise du jeune Wanis. Cette dernière, ordonna alors à son frère Walid qui commençait à perdre son sang-froid, de l'accompagner à la maison.Une faute impardon-
nable puisque l'élève était encore sous l'autorité et la protection du collège.
Quelques temps avant de quitter l'établissement, une surveillante, qui observait la scène (Walid traînant
lamentablement son frère dans la cour de l'établissement), avait demandé à un prof de physique, qui pourtant n'était pas en service selon nos interlocuteurs, d'accompagner avec son véhicule le jeune malade chez lui. Mais celui-ci leur demanda de patienter un moment ! Wanis ne pouvant plus tenir
debout. Il demanda à son frère Walid de le ramener immédiatement à la maison.
Les deux jumeaux quittèrent l'établissement et au bout d'une cinquantaine de mètres,Walid embarrassé par son cartable celui de son frère, et le poids de Wanis que l'étouffement, l'épuisement et la crise rendaient plus lourd, n'a pu retenir son frère lorsque celui-ci tomba une première fois et se releva, puis une deuxième pour qu'au bout de la troisième, il ne se releva plus. Son visage devenait bleu. Il ne respirait presque plus. La vie était en train de le quitter. Là, en pleine rue. A quelques
mètres d'un collège dont l'administration a fait montre d'un laxisme innommable en laissant sortir les deux enfants. Wanis, désormais agonisant, caressa son frère Walid qui ne savait trop quoi faire.Wanis finit par perdre connaissance. Walid, pris de panique, commença à courir dans tous les sens, suppliant les automobilistes et les pas- sants pour lui venir en aide.Wanis,toujours évanoui par terre, fut enfin transporté aux services d'urgences de la polyclinique de Dergana, là où les médecins n'ont pu que constater que le jeune Wanis était «déjà mort».Cela s'est passé le mercredi 20 janvier, un peu
avant 16h00,à Dergana,un quartier de la commune de Bordj El Bahri, situé à
25 Km à l'est de la capitale.
Mehdi Mehenni du journal quotidien "Le Courrier"